


Le marché au poisson ouvre certes ses portes avant 5 heures du mat', mais en arrivant raisonnablement tôt nous aurons pu capter un peu de ce balai en apparence désorganisé qui voit des milliers de tonnes de poissons changer de mains chaque jour.
Les chariotes de transport n’ont pas besoin de nous sur leur chemin et nous le font sentir. Danger. Nous sommes dans un monde à part. Les caristes font des aller-retour des étals inaccessibles par des véhicules conventionnels vers les quais de chargement où les acheteurs ont garé leurs camions quand ils ne sont pas venus en vélos pour les plus modestes d’entre-eux.

Sur place on dépèce, on débite et notamment les thons qui pour être découpés bien droit sont durcis au froid. Dotés de couteaux impressionnants et de bonnes têtes de forçats, les
samouraï de la poiscaille plient le dos et transpirent bien leur compte.
Non loin de là, la Skytree tower domine la ville. Plus haute tour du monde à son inauguration en 2009 elle a depuis été dépassée par les édifices des pétromonarchies (très) chères au PSG. Il n’empêche ; on parle d’un machin de 634 m de haut dans un des pays les plus sismique du monde ! Un noyau en béton est censé stabiliser notre potence. Nous faisons (la longue) queue en nous disant que le gros tremblement n’est pas pour aujourd’hui.


Notre ascension à vitesse record nous dépose à 345 mètres de haut. Tokyo est alors devenu une maquette. Malgré le très beau temps, nous n’apercevrons pas le mont Fuji.
Des familles entières sont là, qui observent la ville et font la queue dès que l’occasion se présente (café, photo, souvenirs…). On voit les tours des nombreux quartiers d'affaires se hérisser par petits paquets aux 4 coins de la ville. Pas de piétons visibles depuis cette plate-forme. On se demande d'en haut comment la plus grande ville du monde, peut fonctionner en apparence aussi facilement.

Dans ces conditions se restaurer revient certes à déjeuner mais aussi à poser les membres inférieurs, au frais. Ce que nous faisons dans la quartier de Ginza, célèbre pour ses grandes enseignes et les architectes qui en ont désigné les magasins.

Nous allongeons l’avenue, thermostat 12, et nous entrons nous rafraichir au gré des devantures.
Le bout de la rue est occupé par le Sony building où les dernières nouveautés de la marque sont présentées. Nous jouons un peu avec ce qui nous épate le plus, chacun à ses chimères (photo, consoles, etc) et nous repartons sur l’avenue qui, au climat près, a des airs de champs élysées.

Nous découvrons des boutiques aux intérieurs incroyables, qui pour certaines comptent jusqu’à 12 étages. A ce niveau de développement et de sophistication, faire du shopping devient un sport olympique et les semelles de nos chaussures chauffent bien davantage que la carte bancaire.
Sauvés par le gong. Nous avons RV ce soir avec Jean-Marc qui est de passage à Tokyo pour son business. Nous avons bien usé de ses conseils et de ceux de Cécile pour préparer notre trip. Leurs enfants ont exactement l’âge des nôtres et la famille a habité Tokyo quelques années jusqu’à l’été dernier.
Jean-Marc nous fait découvrir le super quartier d’Iidabashi par les chemins de traverse et nous finissons au restau qu’il avait en tête. Sympa de parler la langue : au delà de la découverte du quartier et du restau, Jean-Marc commande toutes sortes de petits plats qui alimentent autant nos estomacs affamés que la discussion.

Nous évoquons avec les enfants les nombreux côtés attractifs et surprenants du Japon. Jean-Marc nous décrit une notion toute japonaise, le
kakunin. Expression qui encapsule dans un petit mot mignon une notion large de vérification-que-tout-est-en ordre-avant-de-passer-à-l’étape-suivante et qui nécessite que la personne le verbalise à haute voix pour s'en assurer elle-même. Les japonais sont les rois du
kakunin, les chefs de gare par exemple. Ils vérifient que tout est en ordre à droite, à gauche et on les entend prononcer des formules magiques en même temps que leur main indique que la vérification a bien été faite.

De la même manière, acheter un billet de train prend plus de temps en vérifications systématiques post paiement que l’achat lui même (ici photo du début du séjour où la prise de nos 5 fois 7 ou 8 billets a nécessité une bonne heure, mais avec zéro erreur et des sièges regroupés au mieux).
De la même manière, toute personne qui vous rend la monnaie ici déploie un luxe de précautions et de présentation (billets et pièces par ordre décroissant de valeur, le ticket placé entre les pièces et des billets.
Le concept de
kakunin nous cause bien, notamment en voyage. Mais le
kakounin peut aussi être utile pour aller à l’école, faire ses courses ou boucler une valise. Les enfants l’adoptent sur le champ. Merci Jean-Marc !
Nous réalisons ensemble qu’un voyage au Japon, c’est un voyage en Suisse pour ceux qui veulent du bien rangé super propre, en Allemagne pour l’organisation, la ponctualité et l’état du matériel qu’on emprunte, à New York pour la ville bouillonnante et branchée et pour les vélos et les fixies, à Paris pour le nombre de restaus, de monuments et les boutiques de luxe, à Londres pour le hype, dans les Alpes pour la rando, à Belle Ile ou au Louisiana de Copenhague pour les artistes, à Singapour pour la propreté et la sécurité.

Demain, dernière journée, nous rentrons à Shibuya, dormir. Mais avant cela, un petit coup de train où nous remarquons le caractères presqu'exclusivement masculin des personnes qui prennent le métro après le travail (mauvaise photo, mais dont le flou ne laisse voir que l'uniforme de la chemise blanche).

Comme si la journée avait été un peu trop courte, nous entrons au SEGA Centre, pour satisfaire la curiosité et l'envie de Léonard. Pour se rafraichir, Hugo et Gaby font une course de ski, tandis que Léonard en plein trip japonais, se confronte à Mario dans une course de super-kart endiablée. Pour terminer, Gab et moi nous prenons une bonne déculottée au jeu du palet face à des garçons survoltés. Cette fois, nous pouvons aller nous coucher.
Et pour l'album complet de la journée, c'est toujours
ici.